De l'autre côté du lac
Il y a quarante ans, le philosophe Michel Serres, dans son livre « Le contrat naturel » expliquait la nécessité d’octroyer à Dame Nature une dignité juridique. La Nature a des droits et les reprend parfois avec autorité (voir les tragiques évènements du Népal). La nature est une personne à part entière.
C’est la conviction de Paola, de l’autre côté du lac, en train de contempler la « réserve », une forêt primaire qui résiste aux assauts de ses rares visiteurs et se protège mystérieusement de leur témérité.
La réserve la fascine. Derrière son objectif, telle une chasseuse d’image, elle traque le cliché qui symbolisera le mieux ce sanctuaire (p92). Mais très vite, elle comprend que c’est elle qu’on observe (p157).
Sylvain Prudhomme nous tient en haleine, entretient le suspense, parfois à la frontière de l’épouvante (pages 45, 119, 178) avec une grande maîtrise.
Un roman qui se dévore malgré certains répétitions (oui, on a compris que mille yeux regardaient l’héroïne) et cette tendance répandue chez les auteurs à énumérer les noms des plantes rares.
À bien des égards, cette histoire m’a rappelé celle du skipper Bernard Moitessier qui, pourtant en bonne position pour emporter la course en solitaire, avait choisi d'abandonner et de continuer sa navigation dans les mers du Sud pour « sauver son âme » et fuir la commercialisation du sport.
Il arrive qu’à force de côtoyer la Nature, de faire corps avec elle, on ait juste envie de s’y fondre et de ne plus jamais en sortir.
Appréciation : 🌹🌹




