Le Palais
Bien-sûr qu’il est question de cépages et d’arômes. François-Henri Désérable en parle avec un subtil alliage de science et de passion. De vin oui, mais pas seulement.
Sous les racines, entre les sarments, surgit la question du binôme nature-culture, de ce qui tient du génie (de l’inné) ou de l’apprentissage (de l’acquis), avec une conviction : la différence suscite autant la méfiance que l’admiration. Les gardiens du temple ne tolèrent que les révolutions de palais. Gare à celui qui prétend s’y introduire par son seul talent.
Il fallait que l’enfant prodige vienne d’un endroit du monde où la vigne est moins sacrée pour que la revanche soit plus belle encore. D’aucuns sont nés de parents africains et brillent dans notre équipe nationale de football. Arun Kumar, lui, est sorti d’un bidonville qui ne le prédestinait pas à devenir l’un des plus grands palais du siècle. Arun a ceci de commun avec les crus d’exception : ils sont issus des meilleurs grains mais sans un terreau fertile (p53), ils n’auraient jamais donné le meilleur d’eux-mêmes. Car on a cru en lui.
Je suis académique. J’aime les auteurs qui mettent leur érudition au service d’un récit bien construit. François-Henri Désérable est de ceux-là, avec une spécificité qui m’enchante : son plaisir d’écrire est communicatif. Avec « le Palais », il nous sert un grand millésime.
Je lui pardonne le « name dropping » (à l’exception de la savoureuse p21), ses sorties d’omniscience, des presqu’incohérences ainsi que des énumérations techniques qui frisent le manuel d’œnologie.
On apprend beaucoup (pages 134, 154, 179, 203, 240, 284, 300), on jubile souvent (pages 29, 63, 80, 118, 247, 266, 346, 378) et le plus important : on ne veut plus quitter les personnages (Arun, Margot, Amiot, Waterman...). « Le Palais » procure des sensations semblables à celles que l’on éprouve à la lecture de « Gatsby le Magnifique » (Francis Scott Fitzgerald), « Martin Eden » (Jack London) ou « Le Parfum » (Patrick Süskind). Un lien de parenté mérité qui vaudra sans doute à son auteur une récompense à la rentrée.
Appréciation :🌹🌹🌹




