Categories

C'était ça ou mourir

C'était ça ou mourir

Du calvaire des migrants, on connaît surtout le dernier kilomètre, le plus fatal, mais on a peu raconté l’enfer qui le précède. Matteo Garrone l’a fait dans son film « Io Capitano », Thélyson Orélien y consacre un roman à fendre l’âme, un texte qui va droit au cœur.

Au catalogue des misères, tout se vaut, il n’y a pas de hiérarchie en théorie. La détresse ne se quantifie pas. J’avoue cependant que la funeste odyssée de Jonas Dorléon m’a davantage émue que ces drames familiaux bourgeois, troussés à l’ombre des hypocrisies, qui nous assomment depuis des années. Sans doute parce que sur la route de l’exil forcé, le désespoir a quelque chose d’implacable, de définitif.

Haïti a été abandonné aux mains des gangs (« Même Dieu avait déménagé sans laisser d’adresse »). Jonas, le professeur, n’a d’autre alternative que la fuite. Commence alors un interminable périple à travers douze pays des Amériques, au cours duquel il traverse des lieux improbables (le Batey, le Darién, les bus bondés, la frontière mexicaine, CBP One, Roxham), brave mille dangers (les douaniers, les passeurs, les escrocs), croise des destins brisés (pages 28, 136, 164, 246), avec l’espérance au fond de son sac Carrefour, en s’accrochant à sa dignité, en s’inventant des métiers (conteur, cireur de chaussure).

Alors oui, il y a bien quelques tics d’écriture : les formules telles que « comme ceux qui… », l’usage systématique des métaphores concrétisantes et des hypallages (exemple : « les femmes portaient des paniers pleins d’attente »), l’omniprésence de certains mots (indulgence pour « silence »). Mais globalement, c’est la spontanéité du langage qui s’impose, avec un vrai talent pour faire sentir les odeurs (si difficile à écrire).

Dans « C’était ça ou mourir », le professeur Jonas donne une leçon de vie. Je vous encourage à la découvrir.

Appréciation : 🌹🌹

 

 

Je

Je