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Je

Avec un titre pareil, on pouvait craindre une autofiction de plus dans un paysage littéraire encombré par les égos. Et non, surprise, Lilia Hassaine a transposé ses déboires sentimentaux (je le présume) dans un récit joliment désuet (période victorienne, dixit l’éditeur). Il faut lui reconnaître cette élégance.

C’est comme si elle souhaitait réenchanter l’amour que des générations d’écrivains ont égratigné par leur cynisme et leur conviction d’avoir été floués, abusés par une idée surcotée. Réenchanter oui, tout en gardant la tête froide. Elle ne leur donne pas complètement tort : Rochester est un prince charmant machiavélique, un manipulateur au cœur sec. – en 1830, le terme de pervers narcissique n’était pas encore entré dans le langage courant.

Le personnage d’Antoinette/Bertha m’interroge. Sa lucidité rétrospective de narratrice contraste avec la naïveté d’une femme qui consent si facilement à l’échafaud conjugal. Il m’avait pourtant semblé que cette créole (« Noire par la terre, blanche par la peau ») n’était pas née de la dernière pluie tropicale (p66), touchée dès son jeune âge par les injustices.

Nonobstant mes doutes, je dois admettre que Lilia Hassaine a fourni un travail exceptionnel pour renouer avec la verve d’un siècle passé : la correspondance entre les personnages est délicieuse (pages 53, 171, 226) et certaines formulations m’ont ravie (« Il était celui qui regardait non pas le magicien, mais l’enfant qui regardait le magicien »). À vous donner la nostalgie d’une époque où l’on disait « elle me trouble » plutôt que « je la kiffe ».

Larmes et trahisons, soupirs et tremblements, mensonges et châtiments… « Je » n’est jamais cul-cul la praline mais flirte parfois avec des séries comme Bridgerton ou Poldark, d’où ma réserve. Pour le dire autrement : je ne suis pas dans la cible.

Appréciation : 🌹🌹

De l'autre côté du lac

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