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Joseph la nuit

Joseph la nuit

J’ai eu la chance immense de me rendre en Iran en 2013 avant que le pays ne s’isole à nouveau. Je me souviens de Chiraz, de l’incroyable place d’Ispahan et de ces gens qui me disaient avec des sanglots dans la voix : « dites à vos amis de venir ici, demandez-leur de ne pas nous juger sur la base des gens qui nous gouvernent ». Derrière l’émotion, il y avait de la frustration et de la colère, pas encore de la peur.

La peur est venue avec la répression des manifestations populaires qui secouent la République Islamique depuis près de 15 ans. L’auteur en est une victime collatérale en plein mouvement « Femme. Vie. Liberté », un homme enfermé pour ses activités prétendument terroristes, au service des puissances étrangères (« Mon innocence n’existait pas encore : elle était comme un mal qui couve »).

Ce qu’il raconte, c’est l’expérience de la captivité, sans tomber dans le pathos ni dans le sensationnel. On est loin de la noirceur spectaculaire d’un « Midnight Express » par exemple. Il préfère mettre en lumière l’humanité de ses compagnons de cellule, les trésors d’imagination qu’il faut déployer pour échapper à la dépression, en s’inventant des jeux, des matchs de football, des films sur grand écran (p111), des appels téléphoniques aux parents mimés dans l’obscurité à l’abri des caméras de surveillance.

On se raccroche à tout, au pommeau de douche qui fait office de miroir, à un sachet de mayonnaise qui rappelle la maison, à la beauté de la langue farsi qui sort de l’âme des poètes, pas de la bouche des geôliers.

Un témoignage touchant.

Appréciation : 🌹

C'était ça ou mourir

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