Ma gloire

Ma gloire

D’aucuns diront que Florent Oiseau a scénarisé une balade, à l’image de ses reels Instagram, sans but précis, avec pour seule boussole l’errance d’un looser alcoolique (p156) et désabusé, trompé par sa femme et boudé par sa fille. Si l’intrigue paraît mince (du moins en apparence car l’auteur sait nous surprendre), dieu que l’écriture est plaisante. Florent Oiseau a pris la relève des Blondin, Rey, Simonin, de ceux qui magnifient les gens du comptoir et du caniveau, sans jugement ni mépris, avec la tendresse des âmes sensibles à la beauté dissimulée au coin de la rue (pages 29 et 108). Encore faut-il savoir la déceler et la révéler. Florent Oiseau a ce talent (« La rue et la nuit me rendent poreux (…) elles ont un territoire à elles dans mon corps et mon esprit, nous nous appartenons »).

J’aime son style, son habileté à retourner les idées reçues, à manier les métaphores et les glissements sémantiques : « Le vertige, c’est moins la peur de tomber que l’’envie de sauter », « sa beauté me roule dessus, c’est comme la pluie sur le visage », « susciter le désir c’est un point d’eau dans le désert de l’estime de soi ».

La ville est un théâtre, la vie une comédie dont il raille si bien les acteurs (p33). Ses portraits du macho moderne (p46), du col blanc racorni (p111) ou de la quarantenaire écolo (p146) sont réjouissants. Il se méfie des évidences (question cimetière, il vaut mieux se perdre au Charonne qu’au Père Lachaise), il saisit la singularité des lieux, en devine la règle du jeu : « la gare de Bercy a ses défauts mais elle ne triche pas », « Les gens qui n’aiment pas Paris sont simplement des gens que Paris n’aime pas ».

Appréciation : 🌹🌹

Lundi, c'est loin

Lundi, c'est loin