Les orphelins
Le Père Goriot ne raconte pas seulement le père Goriot, victime collatérale, mais l’état d’une société où les Rastignac bousculent l’ordre établi. C’est l’analyse d’Éric Vuillard. Elle vaut pour son livre sur Billy the Kid, qui n’a pas la profondeur du roman de Balzac, mais décrit avec justesse et férocité une Amérique qui s’est faite à coups de révolver, à l’arrache (« Les États-Unis ne sont décidément pas une nation comme les autres, mais une colonie établie à la va-vite sur des marécages »).
Qui est Billy The Kid, scélérat mort à 21 ans dans la solitude et le mépris ? Éric Vuillard tente d’y répondre, tout en avouant que sa quête restera vaine, tant la crédibilité des témoins et des raconteurs est contestable. La légende s’est nourrie des fantasmes de tous ceux qui ont admiré ou détesté le Kid, parce qu’il était à leur image, un gamin rebelle et fauché que les grands propriétaires et les nouveaux riches ont sacrifié sur l’autel de leur réussite (pages 103-105).
Conscient de les imiter, l‘auteur voit en son personnage l’incarnation d’un mythe américain, celui du rêve sans limite. Billy the Kid a élargi son existence, s’est affranchi des contingences matérielles « pour cet ersatz de liberté que connaissent les voyous ou certains artistes, et qui est toujours cher payé ».
Comme toujours dans l’œuvre d’Éric Vuillard, la grande Histoire rencontre la petite histoire avec l’ambition de battre le rappel. Ne nous étonnons pas de ce qui se passe Outre-Atlantique, de ces outrances, de ces violences. Elles sont ontologiques, révélatrices d’une loi éternelle : qui vole un œuf devient shérif.
Appréciation :🌹🌹




