Le visage de la nuit
Au fil de ses romans, Cécile Coulon dévoile ses intimes obsessions : la solitude, l’indigence, l’obscurité, la mort et la putrescence (elle excelle dans ce registre comme le prouvent les magnifiques pages 184-189), les marginaux (aveugles, religieux, rebouteux et autres guérisseurs) et tout un bestiaire où figure évidemment l’araignée (le retour…p41).
Et puis, il y a celui qu’elle chérit et dont elle parle si bien (pages 34, 97) : la figure du monstre. On devine dans quel substrat culturel l’autrice puise son inspiration : le roman Goncouré de Yann Queféllec, l’œuvre de David Lynch (dont « Elephant man »), « Freaks » de Tod Browning, Joris-Karl Huysmans, Jean Cocteau, Edgar Allan Poe, tout un univers cryptique, baroque et barré, aux frontières du réel.
Son histoire n’a pas d’époque, pour en assermenter l’universalité. Cela sied à son abjecte créature, un garçon au visage dévasté, miroir macabre de nos cauchemars, protégé par les deux seuls êtres qui pouvaient en supporter l’abomination : une femme aveugle et un homme de foi.
L’arrivée d’un ange d’une insoutenable beauté et de sa sœur mortifiée (p153) renseigne trop vite sur les intentions de l’auteure. On parlera de désir et de laideur, de l’indicible frontière qui sépare le bien du mal, entre Janus et Charon. Et c’est le seul reproche que je lui ferais : le caractère prévisible de son récit.
Pour le reste, Cécile Coulon a toujours une aussi belle plume et ses livres ont une qualité rare : ils envoûtent.
Appréciation : 🌹




