Ravage

Ravage

Les Anglais ont Orwell, les Français Barjavel. Ravage est un classique de l’anticipation (écrit en 1942) que j’avais découvert au lycée. Qu’ai-je donc ressenti cette fois-ci ?

Le roman m’a encore impressionnée par sa description implacable et réaliste d’une modernité mortifère. À l’époque, j’avais trouvé exagérée cette gigantesque panne de courant. Les évènements survenus dans la péninsule ibérique le 28 avril 2025 (une surtension ?) ne relèvent pas d’un scénario de science-fiction. Le black-out est possible, il engendre le chaos (impressionnantes pages 249-267).

Dans le roman de Barjavel, la désolation et la barbarie se répandent dès que les lumières s’éteignent, que les machines se taisent. L’humanité est rendue à son état sauvage, pour le pire, et peut-être pour le meilleur (« La mort subite des moteurs rendait à l’homme et au globe terrestre leurs dimensions perspectives »)

C’est un régal de jauger les prémonitions de l’auteur à l’aune de notre quotidien. L’auteur avait vu juste sur les modes vestimentaires (p40), les habitudes alimentaires (p50) et les moyens de locomotion (p73). En revanche, Dieu merci, nous ne conservons pas nos morts dans nos frigos et non, la population n’a pas subi un traitement de choc généralisé parce « Qu’en 2026, une vague d’énervement et de pessimisme menaça la nation et provoqua une recrudescence énorme de divorces et de suicides » (p223). Je souris.

Barjavel rêve de phalanstères (p299), d’une société nouvelle où l’homme vit en harmonie avec la nature. Le progrès ne vaut que s’il… ne vous tue pas. Il se méfie de la connaissance (il ne sauve que la poésie : « Ce sont des livres qui ne furent dangereux qu’à leurs auteurs ») et de la science inconsciente. Il conclut par cette phrase qui nous interpelle à l’heure du tout IA : « Les hommes se perdirent parce qu’ils avaient voulu épargner leur peine. Ils avaient fabriqué mille sortes de machines. (…) Ils ne savaient plus faire d’efforts, plus voir, plus entendre ».

Appréciation : 🌹🌹🌹

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