Ibiza a beaucoup changé

Ibiza a beaucoup changé

L’ex-publicitaire et littérateur mondain Frédéric Beigbeider a jugé le roman de Laurent Mauvignier surcoté. Le fond du Prix Goncourt 2025 l’indifférait, la forme l’exaspérait au point de lancer un buzz ridicule. Quelle exigence ! J’ai donc voulu voir si le dernier roman de l’auteur de « 99 francs » était à la hauteur de ses prétentions.

La nostalgie d’un bar d’hôtel, d’un gin tonic et d’une jolie fille à séduire : voilà dans quelle impasse Beigbeider croupit depuis metoo (pages 19, 26, 85, 127, 135, 148, 157…). Octave Parango, son alter-gros-ego, l’incarne à la perfection : une doublure ringarde du pseudo playboy qu’il a été, fier de phrases comme « elle avait l’innocence des putains et la sensualité des vierges ».

À l’exception des quelques articles qu’il avait déjà publiés ailleurs, son propos est vide et vain, délayé dans des scènes dignes de clips des années 90. Il y a quelque chose de désespéré dans sa démarche : jouer la partition de l’autodérision, faire de ses échecs le canevas d’un autoportrait de looser irrésistible. Le résultat ? Un salmigondis de poncifs, d’aphorismes poussifs et de mots douteux qui épatera sa galerie.

Je reconnais à Beigbeider sa lucidité dans l’analyse de sa décrépitude (p51 et 154), de son rôle de fossoyeur passif de la société de consommation (il est bon observateur quand il ne regarde pas son nombril) et de son cynisme assumé (chapitre « Comment réussir dans l’audiovisuel »).

Cette lecture n’a pas toujours été insupportable (j’ai aimé le chapitre « la France contre les robots » évidemment – la littérature comme une résistance) mais de là à parler d’un « guilty pleasure » (tel un Gala chez le coiffeur), c’est exagéré. De qui se souviendra-t-on dans 50 ans ? De Frédéric Beigbeider ou de Laurent Mauvignier ? Facile de deviner qui restera anecdotique.

Appréciation :🔪🔪

La fabrique de l'ennemi

La fabrique de l'ennemi