La fabrique de l'ennemi
Établir ce « qu’on n’est pas » permet de définir « ce qu’on est ». La dérive contemporaine consiste à se déterminer surtout parce ce qu’on déteste. Les leaders populistes ignorants et belliqueux le démontrent chaque jour : ceux qu’ils n’aiment pas sont ceux qui ne partagent pas leurs opinions.
Une dérive contemporaine ? Pas vraiment. Umberto Eco montre ici que la désignation de l’ennemi contribue à forger les identités des gens comme des nations. L’URSS étant dissous, les USA ont dû se trouver de nouveaux méchants (p9), oubliant qu’ils en ont les mensurations idéales.
Si l’ennemi ne se qualifiait que par les valeurs ou la menace qu’il représente… Malheureusement l’histoire prouve que le besoin de sa radicalisation s’imposait, qu’il a été tour à tour laid (p16), fétide (p17) ou hérétique. Sarrasin, juif, gitan, il est des peuples qui ont tristement rempli ce rôle de repoussoir et de défouloir.
Nous sommes intrinsèquement portés à nous opposer, à nous laisser gagner par la haine et la volonté de destruction. Et pourquoi s’en étonner puisque la guerre, avec les épidémies, régule nos société (p46).
« Essayer de comprendre l’autre, signifie détruire son cliché, sans nier ou effacer son altérité. Mais soyons réalistes. Ces formes de compréhension de l’ennemi sont le propre des poètes, des saints ou des traitres. Nos pulsions les plus profondes sont bien d’un autre ordre ».
Une fois de plus, l’intelligence et la sagesse d’Umberto Eco nous éclairent. À lire à la suite de « Reconnaître le faux » et « Reconnaître le fascisme ». Publié chez Grasset (no comment).
Appréciation :🌹🌹🌹




