Haute-folie
Les thèmes de l’atavisme maudit, de la transmission du malheur et de la campagne morbide et mutique ont été maintes fois traités. Ce n’est donc pas l’originalité du sujet que nous retiendrons ici mais plutôt la qualité de l’écriture. Le style d’Antoine Wauters est limpide, organique et profond. Il n’altère jamais la gravité et la beauté du récit. Au contraire, il lui donne sa texture et son particularisme.
Comment Josef peut-il survivre au décès prématuré de ses parents ? Son père s’est pendu par désespoir. Sa mère s’est occise après avoir tué l’homme responsable de l’infortune de son mari. Deux fardeaux que Josef va devoir porter sa vie durant, d’autant que sa famille a cru préférable de lui cacher la vérité le plus longtemps possible (p47).
La révélation n’en est que plus violente. L’alternative est sombre : perdre la tête (« La folie ? C’est le pays des souffrances qui n’ont plus nulle part où aller ») ou s’isoler du monde.
Il a effleuré le bonheur au bord de la mer, cet horizon en mouvement, si différent de sa terre natale, pays de ses blessures que seul le labeur peut guérir (« À Douve, le bonheur est une chose floue à laquelle nul n’accède, une chose trop grande pour les corps toujours au travail, une chose qu’on laisse à ceux qui en ont le temps ».) Un bonheur trop fugace, il ne peut échapper aux fantômes de sa famille disloquée (p63).
Appréciation : 🌹🌹



