Le Compromis de Long Island
La littérature anglophone plane au-dessus de notre littérature hexagonale, capable de chefs-d’œuvre tels que « Le Chardonneret » de Donna Tartt, « Shantaram » de David Gregory Roberts, « La route étroite vers le nord lointain » de Richard Flanagan, « Corps et âmes » de Frank Conroy et l’intégralité des romans publiés dans la collection « Les grands animaux » chez Monsieur Toussaint Louverture. « Le Compromis de Long Island » n’en est pas loin.
Ces textes ont en commun d’aller au bout de leur personnage, de ne rien laisser au hasard. La psychologie des protagonistes est fouillée, le rythme haletant, les scènes mémorables. Je parlerais de puissance narrative, d’un truc qui vous emporte et vous accompagne longtemps après votre lecture.
Taffy Brodesser-Akner s’intéresse ici à une famille juive dont l’aïeul, Zelig, est rescapé des camps de la mort. Importateur de la formule du polystyrène, il fait fortune et s’établit dans le bastion WASP de Long Island. Une marche vers le succès, pavée de drames et de rebondissements qui résume assez bien l’adage selon lequel « Le père crée, le fils entretient et le petit-fils dilapide ».
Le drame initial de Carl (« il y avait eu un dybbouk dans les tuyaux ») a perturbé ses trois enfants dont l’auteure décrit les trajectoires. Beamer, le scénariste névrosé dont les séances sadomasochistes occupent des pages d’anthologie (52-65 et 168-172 - « Seules deux raisons au monde peuvent amener à appeler de ses vœux une telle souffrance : la conviction profonde de la mériter, ou la sensation d’être plus que jamais en vie lorsqu’elle cessait »). Nathan, que sa gentillesse et sa crédulité perdront. Jenny, trop intelligente pour trouver sa place dans le monde, refusant l’idée que son peuple puisse uniquement se définir par un funeste destin dont la Shoah (le grand dybbouk) serait la preuve ultime.
Formidable saga d’une riche famille que le malheur paternel a rendu dysfonctionnelle et dont j’ai aimé la morale : « Quelle satisfaction peut-on bien tirer de la vie quand on n‘a jamais eu à se battre pour rien ? »
Appréciation :🌹🌹🌹




