Vol au-dessus d'un nid de coucou
Je n’avais jamais lu ce classique ni même vu le film dont il est adapté. J’ai aussi voulu vérifier si j’allais préférer le film au livre (c’est mon ressenti avec « L’insoutenable légèreté de l’être »).
L’hôpital psychiatrique est « le système », une micro-société sur laquelle l’infirmière Ratched règne en tyran, jusqu’au jour où Patrick McMurphy, rebelle et moqueur, organise la résistance. Le roman raconte leur affrontement par la voix d’un témoin privilégié, le chef indien Bromden dit « le balai » auquel un mutisme calculé confère une immunité salutaire.
De manière évidente, le livre dénonce l’institution psychiatrique des années 60, son univers carcéral et ses méthodes anachroniques (électrochocs, lobotomie). Aujourd’hui, on préfère encore abrutir les patients à coups d’anxiolytiques et de sédatifs : plutôt les endormir que de risquer leurs élans. Le passage où Bromden refuse ses pilules et se met à rêver est poignant.
Moins contemporains, la misogynie et le racisme présumés de l’auteur. La méchante femme est autoritaire et castratrice, alors que la gentille femme est une prostituée – grosso modo. Quant à la bêtise et à la violence décomplexée, elle est incarnée par des aide-soignant noirs.
Une grande humanité de dégage de ce récit, de la description de ces hommes, « évolutifs » (les repêchables) ou « chroniques » (les légumes), anesthésiés au point d’en oublier de rire (pages 82,115, 364), prisonniers d’un labyrinthe dont ils ne peuvent sortir qu’en renonçant à la vie.
Un roman inoubliable par ses personnages et certaines scènes (le sport à la télévision éteinte, la thérapie de groupe, la sortie en mer…) que j’avais hâte de retrouver dans le film. Ai-je été déçue ? Absolument pas. Comme « Le tambour », je trouve que le film a autant d’intérêt que le roman. Jack Nickolson incarne avec force le thème central de cette œuvre : le prix de la liberté.
Appréciation : 🌹🌹🌹




