SecondeMain
Une pépite.
Qu’est-ce qui définit notre rapport aux objets qui nous entourent ? Comment en déterminer la valeur ? HB s’interroge après avoir retrouvé son ami d’enfance, Jérémy, un type un peu bizarre qui s’amuse à mettre sur SecondeMain (autrement dit Leboncoin) des terres qui ne lui appartiennent pas ou des trucs dont personne ne voudrait, comme des vieux mégots de cigarette, des miettes de pain ou des emballages cellophanes (p28).
Pour en avoir le cœur net, HB décide de vendre sur SecondeMain les choses qui sont les plus chères à ses yeux. Personne n’en veut. Le voilà plongé dans un abîme de perplexité, lui qui, comme nous tous, est tributaire d’une société de consommation qui nous pousse à posséder pour exister.
Exister… Sa sœur est atteinte d’un cancer et son ami Jérémy veut tuer symboliquement ses avatars sur toutes les plateformes où il sévit. C’est le deuxième sujet de ce livre atypique : l’étouffement par identité unique, le besoin de se démultiplier pour s’épanouir. Car ce qui plaît à Jérémy, ce n’est pas de vendre les objets mais de leur inventer un pédigrée et d’en être l’unique dépositaire (p51). Cela fait écho au roman culte de Luke Reinhart, « L’homme dé ».
Poétique, fétichiste, surréaliste, « Secondemain » est un roman inclassable qui, à défaut d’enchanter par son écriture où sa trame narrative, fait beaucoup réfléchir. J’ai bien aimé la fin, la découverte d’une espèce de blob, sorte de graal accumulatif, « un objet aberrant, un épouvantail rhétorique, capable d’effrayer ceux qui essaieraient de le décrire ou de le vendre ».
Appréciation : 🌹🌹




