Bien-être

Bien-être

Ce roman aurait pu s’appeler « placebo ». Notre santé mentale peut être influencée par des histoires (« une transsubstantiation de la croyance en réalité »). Peu importent la formule ou la recette proposées, le storytelling nous fait tout avaler (p412).

Les algorithmes contrôlent nos vies. Ils ont un caractère intrusif en devinant ce qui nous intrigue, en nous servant ce qui nous plaît. Les sucreries cognitives abondent, la « diabêtise » menace, nourrie par ceux qui haïssent les libertés individuelles (« L’église puis les riches ont donné des consignes aux artistes. Et maintenant c’est apparemment aux algorithmes que revient ce travail »).

Nathan Hill fait le portrait d’une société dans laquelle l’amour est l’aboutissement d’un processus chimique (p162, 596) et le mariage, une construction sociale et politique vouée à l’échec. Pourtant l’idylle de Jack et d’Elizabeth commença sous les meilleurs auspices. En racontant sa déliquescence, Nathan Hill met en exergue le désenchantement d’un monde où les menteurs et les charlatans surnagent, où la quête de sens profite aux plus cyniques (« Quand tout le monde creuse pour trouver de l’or, mieux vaut vendre des pelles »).

J’ai relevé d’excellents passages sur la courbe du bonheur (p60), les dynamiques de groupe (p83), l’arnaque des applis (p99), la tyrannie du regard (p150), les théories éducatives (ces pages 177 à 207), la critique du marketing (p286), le militantisme (p315), le développement personnel (p325), la forme du pénis (p374), l’obsolescence de la monogamie (p443) et bien sûr, le piège arachnéen des réseaux sociaux (p523).

Un roman aux accents dystopiques qui, malgré un style quelconque et des allures d’essai, ne laisse pas indifférent. Et puis cette fin, si touchante (p662).

Appréciation :🌹🌹🌹

Les éléments

Les éléments