Les chemins écarquillés
Le narrateur passe son temps à s’interroger : qui suis-je ? Où vais-je ? Dans quel état j’ère ? (Pages 57,88). Le doute le tourmente et ce n’est pas la compagnie d’une créature mutée, d’un animal hybride qui va l’aider à trouver la voie.
Un éloge de la fuite, une cavale comme il aime à le répéter. Il faut attendre la page 115 pour enfin trouver la clé de l’énigme : « Lui voit toujours des ramifications qui rendent tout gris (…) Il a toujours eu du mal à prendre des décisions, à cause de tout ce gris ». Merci bien, ça nous éclaire. À moins que le patronyme de l’auteur… une nuance de ce gris peut-être.
Il se déclare trop lucide pour accepter la réalité, trop rebelle pour oser donner un sens à ce qui l’entoure. De cette petite révolte intérieure naissent des situations grotesques, (p98), des péripéties improbables (p39) et des passages qui montrent l’incapacité de l’auteur à choisir entre un road trip déjanté façon cartoon et une errance surréaliste et poétique que le duo qu’il compose avec ce tapir à la Dali aurait pu rendre intéressant.
Il patauge au milieu de ses personnages et met trop de temps à les camper ; il aurait été plus judicieux de se limiter à la bestiole et de percer dans son regard torve et désespéré l’insondable mystère de la vie.
Et que penser de cette épiphanie, de ce bouquet final halluciné ? Un délire gentillet, une débauche d’action digne d’un scénario de série Z.
L’étiquette de premier roman ne peut tout excuser. À quel moment un éditeur décide de passer outre et d’exercer son indulgence ? La voilà l’authentique interrogation de ce roman inabouti.
Appréciation : 🔪




