Civilizations

Civilizations

Avis mitigé. Pourtant, les intentions de Laurent Binet sont bonnes : en finir avec cette stupide polémique de civilisation meilleure qu’une autre. Il tente de répondre à deux questions. 1° Qui écrit l’Histoire ? 2° Qui sont vraiment les barbares ? À la première question, on répond: les vainqueurs ! Alors Laurent Binet, pour éveiller nos consciences prisonnières de leurs certitudes, change la victoire de camp. Les espagnols sont défaits, les indiens ont le dernier mot, le destin de notre civilisation s’en trouve bouleversé. Commence le périple de cet empereur d’Amérique du Sud engagé, contre son gré, dans l’exploration des terres du « Levant » (ici, l’Europe). L’occasion de se demander pourquoi les conquêtes se font, pourquoi les peuples s’aventurent au-delà de leurs frontières. Pour trouver de nouvelles richesses ? Pour échapper à la faim ? Pour tromper l’ennui ? Par cette curiosité viscérale qui touche à l’art et au divin ? Laurent Binet prend un malin plaisir à répondre à la deuxième question en prenant la posture de l’étranger et de l’étonné. À cet égard, le passage à Tolède (pages 113-126) est un régal. Tout au long du récit, la religion n’est pas épargnée. Elle est à l’origine de bien des massacres, et les hommes s’accorderaient mieux sans son truchement (savoureux échange entre Érasme et Thomas More pages 186-198 et le jouissif 95 thèses du Soleil pages 263-272). Civilizations est un livre entre l’essai, le traité d’histoire comparé, le conte (la satire ?) et le roman. C’est sa force, mais aussi sa faiblesse. Je me suis ennuyée jusqu’à l’arrivée de l’empereur dans la péninsule ibérique, lassée de les voir guerroyer l’indigène. Un sentiment de répétition qu’on retrouve dans la dernière partie du livre où Laurent Binet force le trait pour coller les morceaux de son Histoire revisitée, souvent dans le ridicule et la confusion. Après avoir brillamment raconté l’Histoire (HHhH), l’avoir détournée (La septième fonction du langage), Laurent Binet en change carrément le cours. Avec moins de succès, selon moi, parce qu’il a trop mélangé les genres.

Bilan : 🔪🌹

Les feux

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Karoo

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