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Minotaure

Minotaure

« Si j‘écris, c’est pour recouvrir mon pouls d’un peu d’encre (…), réduire un long processus, embrouillé et obscur, à quelques éléments brusques mais capables de dégager une force immense ». L’intention de l’auteur (p.206) y est dévoilée : confondre le père déserteur, en faire le prétexte aux saillies du texte, en tirer si possible quelques enseignements universels.

On sait l’exercice périlleux. En découvrant ses blessures, en traquant le père absent, Boris Bergmann prend le risque du nombrilisme, de ce victimisme exaspérant qui nécrose la littérature française.

Et ça ne rate pas. Pour exposer la lâcheté de son père biologique, il s’autorise tous les raccourcis, fouille les occurrences, épuise les mythes (Achille-Ulysse-Ariane-Thésée-Minotaure) et ne s’interdit aucune « lacanerie » (aban-don ; repère). Tous les outils se valent pour donner du sens à l’éjaculation non maîtrisée de ce père psychanalyste, arrogant de certitudes.

Au point, et c’est là où le bât blesse, de comparer l’aban-don (je livre ma semence et je m’en vais) du père à son propre aban-don, quand il choisit de céder son rein à sa compagne malade puis de la quitter dans la foulée. Le dialogue entre l’auteur et l’aimée sauvée est émouvant mais l’exégèse qu’il en fait m’a semblé parfois capillotractée, justifiée par l’urgence d’expliquer, de ne rien laisser au hasard, de ne pas faire de son existence une trajectoire absurde mais la suite logique d’une culpabilité prouvée.

L’histoire de ce fils délaissé par son géniteur, que les amis gays de sa mère ont pris sous leurs ailes (p.39), est inoubliable, avec des passages brillants (pages 21, 89, 121, 150) mais comme très souvent dans ces ouvrages autobiographiques, l’intimité révélée finit par éloigner le lecteur.

Appréciation :🌹

La méthode

La méthode