Ce matin-là

Ce matin-là

Gaëlle Josse fait son grand retour avec un sujet qui sied à sa prose élégante, poétique, façonnée par la délicatesse :  la mélodie de la vie. C’est une analogie souvent employée en psychiatrie. La vie est une musique et parfois, on ne parvient plus à chanter. D’ailleurs il existe sur le marché un antidépresseur dont le nom est « divarius ».

Car un matin, Clara, ne voit plus la lumière du soleil : burn-out, ses rayons n’enchantent plus, ils brûlent, à contre-emploi. La mélodie s’interrompt, comme une boîte à musique tombée de son piédestal.

Gaëlle Josse trouve les mots justes pour décrire la chute, l’asphyxie et la recherche d’un souffle nouveau. Elle le fait par touches impressionnistes, en effleurant la réalité, sans la brusquer, pour mieux la révéler. Ses métaphores touchent (« Elle est devenue une île hérissée de rochers, on n’y aborde pas sans dommage »). Ses trouvailles ravissent (« L’hippocampe (…) étrange animal qui paraît voué à la contemplation d’un monde prêt à le dévorer »).  Ses apartés interpellent (« Désœuvrée, son œuvre à construire, sans tâche, sans utilité, une vie de paramécie (…) ». Sa critique de ce monde du travail que la pandémie malmène est pertinente (p85).

Gaëlle Josse est une grande écrivaine parce qu’elle déclenche des émotions fortes par l’évocation de signaux faibles. Peu d’auteurs sont capables de cela. Aucun détail n’échappe à sa vigilance. Les mots, les gestes, les silences sont porteurs de symboles, comme dans cette scène anodine, p104, où l’œuf se répand sur le sol. La vie brisée, en mille morceaux.

Bilan : 🌹🌹

Traverser la nuit

Traverser la nuit

Serge

Serge