Les ombres blanches

Les ombres blanches

Ce roman est à l’image de son sujet : éparpillé.

Un patchwork, une somme d’impressions qui m’a déroutée. Un peu comme si vous fixiez le détail, grossi dix fois, d’une peinture de Georges Seurat. Toute la minutie, toute l’originalité de la représentation sera perdue.

La famille entière s’émeut de la disparition d’Emily Dickinson. Rien ne nous explique pourquoi. Quelle femme était-elle vraiment ? Quelles relations entretenait-elle avec les uns et les autres ? On n’en sait peu. Se recueillir sur une tombe, humer le parfum de la disparue, faire rejaillir quelques souvenirs, cuisiner des tartes… C’est un peu court pour lui redonner vie.

Peut-être était-ce pour mieux faire ressortir l’incroyable découverte de ses écrits secrets, ses poèmes griffonnés sans volonté de plaire, dans l’instant et l’instinct, au mépris des règles établies ? Elle n’a pas donné l’ordre de brûler son œuvre. Alors on s’engouffre dans ce vide, on ressuscite l’aimée. Et là encore, la magie n’opère pas. Ce petit monde emprunté qui s’agite autour d’un fantôme, ces incessants jeux d’ombres, obéissent à des règles qui m’ont échappées.
Il y a aussi quelque chose d’impudique dans le fait de décortiquer les vers de la poétesse, de s’en remettre à l’étymologie (foyer, forêt, du déjà-lu…). Révéler la mécanique du génie, et les petits secrets qui l’accompagnent, m’a dérangée. Ne me dites pas ce qui péchait. Ne soulignez pas la virtuosité de l’éditeur. Laissez-moi savourer la musique des mots. Plaisir impossible puisque la lecture m’a été confisquée et que l’hommage attendri s’est transformé en un millefeuille de situations fantasmées. C’est le problème de la rêverie. Intime et personnelle, elle se comprend et se partage rarement.

Je me suis sentie dépossédée d’un trésor.

Bilan : 🔪

Sugar street

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Les ombres opposées

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