Tressaillir

Tressaillir

Il arrive un moment où une auteure se prend au piège de son style et de ses obsessions. Avec « Tressaillir », Maria Pourchet n’échappe pas à la règle.

Alors bien-sûr, on se délecte toujours autant de son écriture. Sa langue est vive, son regard acéré. Maria Pourchet voit ce que nous, simples mortels, ne percevons plus. Dotée d’un sixième sens littéraire (pour humer l’air du temps à la manière de Michel Houellebecq) et d’une grande intelligence, elle passe la société au révélateur (exemples aux pages 170, 179, 228). Son sens de la formule fait toujours aussi mouche (exemples aux pages 27, 76, 107).

Mais dans son dernier roman, ses talents deviennent des travers ou des tics. Notamment cette propension à mettre une distance excessive entre elle et son sujet, soit par un cynisme décomplexé (exemples aux pages 69, 83, 115, 221), soit par le recours à l’étymologie (exemples aux pages 49, 268), soit par des pirouettes lacaniennes (ex p278 ; les séances chez le psy n’arrangent rien). Une distance si grande qu’elle en éloigne le lecteur.

On saura gré à Maria Pourchet de ne pas parler de sa famille (une prouesse dans cette rentrée littéraire), quitte à traiter un thème si souvent râbaché : la rupture amoureuse. Son personnage principal, Michelle, est une Parisienne dépressive traitée à la vortioxétine, caricaturale, qu’un voyage dans ses Vosges natales enchante autant qu’il exaspère, avant que la mémoire du meurtre du petit Grégory nous entraîne dans une autre dimension traumatique, aussi déroutante qu’improbable.

J’ai hâte de retrouver la Maria Pourchet de « Champion »

Appréciation :🔪

En tre toutes

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